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De Madrid à Valparaiso : Neruda et le Winnipeg
Le Winnipeg, cette épopée, humaine et océanique, d'août 1939 nous parle d'exil, d'émigration, de générosité, de solidarité... Pour beaucoup, elle reste encore enfouie dans un trou noir de la mémoire. Volontairement enfouie ? Peut-être. C'est qu'électoralement, il est plus rentable de stigmatiser les exils, les immigrations que de les considérer comme des enrichissements multiples et métissés. Les passagers du Winnipeg, plus de 2 000 «rouges», partirent le 4 août 1939 du quai de Trompeloup, Pauillac (Bordeaux), à bord d'un cargo aménagé à la va-vite. La guerre mondiale menace. Ces émigrés sortent des «camps de la honte» (Argelès, Barcarès, Saint-Cyprien, Gurs...) ; ce sont des républicains espagnols de tous bords. Leur sauveur ? Un poète chilien, Pablo Neruda, missionné par un gouvernement de Front Populaire à Santiago du Chili. La traversée durera un mois. Ces proscrits arriveront le 2 septembre 1939 à Valparaiso, et seront reçus comme des héros. Le lendemain, c'est la déclaration de la Deuxième Guerre mondiale. L'équipage, constitué essentiellement de marins communistes, de France-Navigation, sera déclaré «mutin» ; ils reviendront menottés à Bordeaux, pour être emprisonnés au Fort du Hâ. Eux, les passeurs d'espoirs.
Le Winnipeg, c'est la poésie en actes.
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