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Cézanne
L'invitation à fuir, la métaphore de la mutation, la soif de l'albatros baudelairien, la voyance emmurée, le sentiment léopardien de ne pouvoir «sonder plus profondément», Cézanne y répond par un attachement obstiné à la racine d'où il tire une secrète sève, une entente tacite à lui seul réservée, brûlante pudeur de la vitalité physique, les couleurs étant l'expression de la profondeur en surface. «Vous sentez, vous, dit-il à Joachim Gasquet, que chaque coup de pinceau que je donne c'est un peu de mon sang mêlé à un peu de sang de votre père, dans le soleil, dans la lumière, dans la couleur [...]. Nous devons vivre d'accord, mon modèle, mes couleurs et moi.» Mieux encore : «La couleur est biologique, si je puis dire. La couleur est vivante, rend seule les choses vivantes.» Qui se sert de son sang comme Cézanne doit accepter la blessure et la guérison et, jamais endurci, que la plaie cicatrisée se rouvre.
(Extrait de l'introduction d'Alfonso Gatto)